plumencre :: Interview de Blick Bassy, grand prix littéraire d'Afrique noire 2016

Bassi

propos recueillis par Raoul Djimeli (Magazine littéraire CLIJEC Le Mag')

Fondateur du groupe de musique « Macase » en 1996, Blick Bassy est un musicien et écrivain camerounais. Il fait partie de la poignée de créateurs alliant avec succès à la fois, musique et plume en Afrique… Quelques rares, à la mesure de Francis Bebey, chantre de la guitare et des mots, avaient pu valeureusement relever cette contrainte…Notre invité du mois est Grand Prix littéraire d’Afrique noire de l’Association des écrivains de langue française (Adelf), avec son livre « Le Moabi cinéma », publié en 2016 chez Gallimard.

Merci, Blick Bassy de répondre à ces questions du CLIJEC Mag’! Vous êtes musicien, auteur-compositeur et producteur. Vous vivez à Paris où votre actualité musicale est de plus en plus importante.  Vous avez publié en 2016 votre premier roman, Le Moabi Cinéma paru dans la collection « Continents Noirs » chez Gallimard. Ce roman qui vient d’être sacré Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire de l’Adelf : que représente une cette distinction pour vous ?

Cette distinction vient tout simplement renforcer ma démarche qui est de toujours aller aux bouts de ses projets, de ses envies, de ses désirs, avec la constance du cycle qui lie la nuit au jour.

Commençons par ce nom, « Blick Bassy  » !

Oui c’est bien le mien, celui que l’on m’a donné et que j’accepté, et inconsciemment choisi.

Comment s’est fait le passage de la musique à la littérature ?

Je me considère déjà comme un auteur à partir du moment où je suis auteur – compositeur, car j’écris dans mes chansons des textes, de la poésie, il m’a alors été naturel d’écrire en français, comme un prolongement qui allait de soi.

Parlez-nous un peu des débuts : votre aventure dans la littérature.

Il ya quelques années, Dix ans à peu près , j’ai commencé à griffonner des idées, des scènes, autour de l’immigration, de la mobilité, de nos valeurs, le fil rouge étant la sensibilisation des jeunes africains à récréer un véritable lien avec leur environnement dont ils sont le produit et qui ne demande qu’a connecter avec eux. Je voulais aussi dénoncer l’espèce d’eldorado que représente l’occident, idée animée et confortée par certains de nos compatriotes de la diaspora. Tous ces thèmes étaient de vrais moteur et m’ont emmené à concrétiser ce projet et de le mener a bout.

Vous vivez en Europe depuis plusieurs années maintenant,  quelle est la contribution du Cameroun, votre pays de naissance, dans votre écriture romanesque — et pourquoi pas, dans votre musique ?

Le Cameroun est la source principale de toute mon inspiration. Je pense en basa’a, je m’inspire de mon enfance, moi qui ai la chance d’avoir grandi au Cameroun car je ne suis en France que depuis 11 ans , j’estime que le seul fromage à partager que j’ai dans mon sac, c’est mon histoire, ma culture, mes traditions, le Cameroun est donc mon centre, ma source principale d’inspiration car je ne suis qu’un pur produit de l’environnement dans lequel j’ai grandit et qui a nourrit toute mon adolescence et même au delà. Le reste, mes voyages, la France, viennent alors amplifier et valoriser la matière, la matrice qui elle, est entièrement camerounaise.

Globalement, vous êtes comme Francis Bebey, écrivain et musicien  africain. Votre musique se porte sans doute très bien, (à en croire votre éditeur) comment vivez-vous la littérature dans votre pays d’accueil ?

Bah je la vis très bien et le fait que je sois d’abord musicien est également un véritable avantage car cela me permet lors de mes tournées de faire des rencontres autour de mon livre, faisant d’une pierre deux coups. Ceux qui me découvrent  à travers la littérature me suivent ensuite vers l’univers musical, me découvrant à nouveau et vice versa, nous sommes pluriels, une fois que nous le découvrons, la vie devient magnifique.

Blick Bassy, parlons maintenant de ce prix. Le Moabi Cinéma l’emporte vaillamment, et vous succédez là, Eugène Ebodé  (2014), Hemley Boum (2015) et à une dizaine d’autres figures majeures de la littérature camerounaise dont les œuvres sont chaque fois passées inaperçu au pays …la reconnaissance venant une fois de plus de la ‘Métropole’ !

Oui ce prix a ceci de bien, c’est qu’il finira peut par attirer l’attention de la jeunesse sur le travail des auteurs Camerounais tels que Eugène Ebode, Leonora Miano, Hemley Boum, Gaston Paul Effa etc., pour ne citer que ceux-là. Le fait que je suis musicien est donc un avantage car permet à mes fans de découvrir ou redécouvrir via ce prix les talentueux écrivains dont regorge le Cameroun. Il faudrait que nos gouvernements profitent justement pour valoriser ces derniers afin d’inciter les plus jeunes à l’écriture, à la lecture.

Boum Biboum votre personnage vient d’Essos, quartier populaire de Yaoundé qu’on retrouve chez plusieurs autres romanciers camerounais de la Diaspora, souvent peint avec la même misère.Vos personnages rêvent d’atteindre l’Europe, votre récit plonge le lecteur « au cœur de la forêt africaine » conclut finalement « Continents Noirs » : certains critiques diraient que l’Afrique a cessé depuis longtemps d’être une forêt, que les choses ont changé ! 

Je pense que si on s’arrête à cet extrait alors on pourrait très vite se tromper. Je parle de villas cossues, décrivant le quartier Nkolmesseng de mon enfance, tel qu’il était. Je voudrais également attirer l’attention sur le fait qu’il faudrait vraiment qu’on redéfinisse et qu’on crée des référentiels qui correspondent à nos valeurs, mais tout simplement aux valeurs qui célèbrent la nature. Bientôt parler de forêt relèvera de l’utopie, mais pour moi qui ai grandit entre Nkolmesseng et mon village, la forêt est un espace de partage entre éléments de la nature, où l’on puise et s’abreuve, la source de notre humanité. C’est aussi pour cette raison que Le Moabi a un rôle important.

Quel a été votre sentiment sur la réception au pays de votre livre, depuis sa parution et depuis son couronnement ?

Le livre a été reçu assez timidement au départ, car je pense que les gens avaient du mal, sans me connaître (ne me connaissant qu’a travers ma musique) à accepter ma casquette d’écrivain. Ils ont donc attendu le couronnement pour s’en rendre compte, depuis lors, je pense que les choses ont changés.

En 1968, un autre musicien et écrivain que nous avons cité au cours de cet échange publiait à Yaoundé, aux Editions Clé, Le fils d’Agatha Moudio, roman qui fut couronné par le Prix que  remporte Le Moabi Cinéma aujourd’hui. A ce jour, il est encore facile de lire Le fils d’Agatha Moudio au Cameroun, est-ce que vous prévoyez une publication locale de votre roman pour les lecteurs de plus en plus nombreux du Cameroun ?

Oui je réfléchis à une distribution du Moabi Cinéma au Cameroun, notamment avec le Clac que je parraine et qui fait un travail incroyable. Je voudrais également noter que Francis Bebey reste pour moi l’un des grands poètes de notre époque mais aussi l’un des premiers  artistes afro contemporain et avant-gardiste, un modèle pour moi.

Quel est votre regard de la littérature camerounaise et africaine aujourd’hui ?

Je pense que la littérature camerounaise et africaine a de beaux jours devant elle, il suffit de voir les écrivain(e)s qui nous viennent du Nigéria, du Cameroun, du Ghana, qui font la une des journaux en Afrique et ailleurs, et de plus en plus jeunes, je pense que nous allons vivre dans les années prochaines une expansion à haute vitesse de la Littérature, à l’instar de la Musique, du Cinéma. Le numérique vient aussi présenter de nouvelles opportunités en rendant accessible des produits venant d’une Afrique vers une autre.

Blick Bassy, des projets d’écriture en cours ?

Oui, je viens de terminer un livre de conte illustré pour enfants afin de sensibiliser sur les méfaits des pesticides. J’ai commencé également mon prochain roman.

 

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