avec le Camerounais Jean-Claude Awono

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Jean-Claude Awono. Né en 1969 au Cameroun, il est professeur de lettres, chroniqueur et critique littéraire, président de la Ronde des poètes du Cameroun, directeur des éditions Ifrikiya et Président du Festival international de poésie des Sept Collines de Yaoundé, Festi7.

Merci Jean-Claude Awono pour avoir accepté de répondre à mes questions pour le compte de plumencre. De prime abord, selon vous, c'est quoi la poésie?

Merci. La poésie est une parole puissante, sans début et sans fin. Elle dérange. Elle est nue. Sa nudité constitue le vêtement essentiel l’existence. On a peur d’elle. Elle, par contre, n’a pas peur de servir. La poésie est ce qui finit quand tout a commencé et qui commence quand tout est terminé. Il ne faut attendre autre chose d’elle que le fou que nous sommes qu’elle nous fait découvrir et que nous choisissons d’assumer.

Et la littérature?

C’est le mot que j’aime le plus. Sans ce mot, je ne vois pas quel visage auraient le monde et la vie. Je ne serais qu’un tas de non-sens s’il n’existait pas. Le monde aussi n’aurait pas de sens.

Pourquoi faut-il écrire?

Pour ne plus être seul. Pour se tirer d’affaire. Pour appartenir à autre chose qu’à son nombril. On écrit pour ne pas mourir comme tout le monde. Et mourir un jour tout en étant toujours là. C’est un acte magique, voyez-vous ?

Faut-il absolument partager ses écrits?

Oui. Partager jusqu’au dernier haillon que nous donne l’écriture. Si on ne partage pas, on n’est rien. Et on n’a rien.

Faut-il lire les autres? Pourquoi?

Lire les autres, c’est refuser sa propre destruction. On se supprime en fermant sa porte à l’autre ou en fermant de l’autre la porte. Vaut mieux parfois lire, seulement lire, plutôt qu’écrire. Comment se tirer du vide vertigineux et de la faim inapaisable si on ne lit pas l’autre ?

Est-il nécessaire de lire pour bien écrire?

Oui. Qui ne lit pas n’est pas capable d’écrire et de bien écrire. Qui écrit sans avoir lu prêche dans le désert. Il n’a aucune chance de germer à partir d’une bonne terre. Il s’agite sur un sol aride et ne donnera pas du grain.

C'est quoi être écrivain ?

C’est mettre le pied à l’étrier. Ne pas se situer hors du coup. Accepter d’être coupable, mais ne jamais se rendre. Prendre tous les coups et ne jamais céder. C’est tuer en soi ce qui limite. C’est aimer. La route prend alors sens et rester devient partir en même temps. Ecrire c’est aussi se nommer et nommer, en même temps. Le nom hérité est vide, il faut le charger. C’est solder le stock des convenances et livrer le réel à d’autres logiques, sans doute un peu barbares, mais fascinantes et décisives. L’existence est une jeune fille, le travail de l’écrivain est de la violer. Et de tuer aussi, pour rendre possibles d’autres vies. Les logiques du mot soumis à l’écriture viennent de loin et n’ont pas de destination connue et cohérente.

Y a-t-il l'âge pour publier?

Oui. Lorsque le mot est mûr, même si celui qui le produit est encore frêle. Lorsque le grain meurt, et donc peut repousser et donner du fruit, alors on a l’âge de publier. Avant cela, on sème dans le tempo, même si on a mille ans.

Qu'est-ce être mauvais écrivain?

C’est lorsqu’on se dit qu’on est un bon écrivain.

Comment faire si l'inspiration est en manque?

On ne fait rien. On attend. Elle reviendra. C’est tout.

Pour terminer monsieur, quelques conseils pour les jeunes plumes ?

Ne pas leur donner de conseil. Les laisser mettre le pied à l’étrier. Car ils savent combien forger forgent le forgeron. Pas besoin de le leur rappeler.


 

 

édition manuscrit Ulrich Talla Wamba plumencre Jean-Claude Awono Cameroun

Commentaires

  • Samanta Audrey
    • 1. Samanta Audrey Le lundi, 02 Mai 2016
    Oui. Qui ne lit pas n’est pas capable d’écrire
    pas d'acc

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