plumencre :: Marcel Kemadjou Njanke répond aux questions d'Ulrich Talla Wamba

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C’est à l’occasion de l’émission littéraire « Parole à l’écrivain », organisée tous les mois par le Cercle littéraire des jeunes du Cameroun (CLIJEC), que le poète, écrivain et raconteur camerounais Marcel Kemadjou Njanke, a eu l’occasion de s’exprimer avec un auditoire garni, des contours de son écriture émergente…

(Entretien exclusif)

Pour les jeunes qui ne sont pas encrées dans la culture. Quel est le mode d’emploi ?

Oui, effectivement pour faire les racontages, il faut absolument être encré dans sa culture. Aujourd’hui malheureusement, il est difficile d’apprendre à la fois plusieurs langues africaines, on a tendance à apprendre seulement le français et/ ou l’anglais (d’ailleurs, on se bat aujourd’hui même pour celles-ci). Ce qui est une erreur. Si on avait développé ce que le décret a appelé « Multiculturalisme », on n’en serait pas là. Heureusement, il y a des avancées, par exemple les langues camerounaises sont de plus en plus enseignées dans des établissements d’enseignements secondaires. Par exemple à Bagangté, çà se fait depuis plus de vingt ans. Et quand on dit langue, on dit culture…On ne peut pas apprendre une langue sans apprendre sa culture. Si vous apprenez le français, vous allez connaitre la Tour Eiffel, si vous apprenez l’allemand, vous allez connaitre Goethe, etc. On peut se rattraper, ce n’est pas perdu. Donc il y a urgence pour les parents, d’enseigner leurs langues à leurs enfants. On a également la chance qu’on a l’Assemblée Générale des Langues Camerounaises qui a codifié tous les signes qui font que quelqu’un qui lit le medumba, peut lire le bassa ou l’eton, etc. Et çà beaucoup de gens ne savent pas. Donc si on s’y met, beaucoup de choses peuvent changer.

Mais à la base un raconteur doit être encré dans sa culture. Si nous avons un raconteur en Chine, il doit être encré dans sa culture.

Quel avenir pour les racontages selon vous ?

Les Racontages doivent être contés à travers les éléments d’une culture et d’une langue. Il y a un groupe de jeunes qui avaient pris l’initiative de créer une résidence de racontages. Nous nous sommes réunis plusieurs fois, à Bangoulap, à Dschang, à Douala et nous avons l’intention de produire un livre qui sera écrit par les membres du groupe « Les racontages » et le but sera de montrer ce qu’ils ont appris pendant toutes ces résidences qui durent depuis 2014, à l’occasion du colloque organisé par le Pr Alain Pangop sous les auspices de l’Université de Dschang pour mes 20 ans d’écriture. Le but n’est pas de fonder une école, mais plutôt de dire aux gens ce que je fais et à base de ce que je fais, ils pourront également construire leurs univers de racontages. Et on le verra quand le livre paraitra. J’espère qu’il paraîtra bientôt.

Est-ce monsieur Njanke, vous ne prenez un risque en excluant de facto tous les écrivains non encrés dans leurs cultures et qui aimeraient faire des racontages ?

Bon ! J’ai souvent dit que les Racontages vont réussir à créer une nouvelle forme d’illettrés ; les illettrés en langues européennes, comme ma mère. Ma mère était illettrée en langues européennes. Quand j’ai commencé à écrire, les lettrés en langues européennes pensaient que j’étais devenu fou. Et quand je suis allé rencontrer ma mère pour lui dire que je voulais écrire, eh bien, elle m’a posé une seule question : - tu aimes l’écriture ? J’ai dit oui, et elle m’a dit vas-y. Donc les Racontages créés aujourd’hui une nouvelle forme d’illettrisme. Il ne doit pas seulement être considéré par rapport aux langues occidentales, mais aussi par rapport à nos langues. Et c’est d’ailleurs cette réalité qui créé les problèmes à notre pays, parce que l’on veut demander le fédéralisme sous la base des langues étrangères, je trouve cela scandaleux. Et tout simplement parce qu’on a toujours laissé à côté notre culture.

Je vous prends un autre exemple simple ; jusqu’à une certaine époque entre les écrivains camerounais, les meilleurs sont toujours ceux qui vivent à l’extérieur et qui ont eu des prix là-bas. C’est la même chose qui se fait chez notre voisin au Nigeria. Avec une industrie qui est encrée dans leurs cultures. Aujourd’hui, les comédiens nigérians vivent de leurs réalisations. C’est également le constat avec les Chinois qui avant d’être ce qu’ils sont aujourd’hui, ce sont d’abord fortement encrée dans leurs cultures.

Kemadjou Njanke, est commerçant et écrivain. Comment il procède ?

Je suis très embarrassé par cette question… De savoir comment vous écrivez en faisant du commerce. C’est un peu comme si on demandait à une femme qui a accouché si çà fait mal ? C’est ce que j’essaie d’expliquer dans « Dieu habite à Bangoulap », la vie, c’est l’équilibre entre le visible et l’invisible… Quand vous êtes ni attaché au visible, ni attaché à l’invisible et que vous cherchez la considération entre les deux, la vie devient facile. Je l’ai depuis le début, j’écris aussi facilement que manger… J’écris aussi facilement que boire un verre d’eau… J’écris aussi facilement que dormir. D’ailleurs, de la même façon que je ne connais pas le syndrome de la page blanche, je ne connais pas ce qu’on appelle insomnie. Ce sont des choses naturelles pour moi.

Chez moi, je n’aime pas utiliser le mot inspiration, parce qu’il n’y a d’inspiration sans expiration et il n’y a pas d’expiration sans digestion de l’air ingéré. Pour moi, l’inspiration n’est qu’une étape de la conception. Pour moi, l’écriture n’est pas souffrance et je pense que ce qui est prêt sera écrit quel que soit ce qui arrive. Si un client vient pendant, j’écris, je laisse l’écriture et je vais vendre. Je ne me soucie pas d’oublier ce que je compte dire. Pas du tout. Je suis une personne libre. Je fournis des efforts que je ne quantifie pas. Quand je mets une graine d'haricot à terre, je ne peux dire si elle va germer. Et quand elle a germé, je ne peux pas dire si elle va produire ou pas. Et quand elle va produire, je ne peux pas dire quelle quantité elle va produire ou pas. Je ne peux pas prévoir cela à l’avance. Pourquoi dois-je prévoir ce que je dois écrire ? Je fais ces efforts-là depuis de nombreuses années (environs 22 ans). Et donc, je ne suis plus dans une posture de ne plus pouvoir créer ou de ne plus pouvoir créer à temps. C’est cette peur qui pour moi créé des pages blanches.

Propos recueillis par Ulrich Talla Wamba

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